C’est une pratique principalement sculpturale fondée sur des concepts développés dans des textes comme « écran » ou encore « temps libre » qui cherche à créer un objet critique de par ses formes et de part son interaction avec le regardeur. Les sculptures ouvrent en permanence des significations qui sont mise en fuite au moment du saisissement.
écran
Dans mon travail, j’essaie de poser une réflexion sur les différents sens et formes de l’écran comme concept. Cette surface qui me fait voir et qui me cache des choses. L’écran est un ensemble de pixels mais est aussi une grande toile tendue ou encore un ensemble d’idées qui forme mon milieu social et mes critères de jugement, c’est la membrane de ma subjectivité.
Arriver à capter tous ces écrans qui nous entourent, repérer tout ce qui nous empêche de voir, ces fins voiles ; ces mêmes voiles qui couvrent nos corps, nos immeubles, nos idées. Tant de recouvrements possibles s’enchevêtrant les uns dans les autres de manière à ne plus distinguer le vrai du faux.
Créer un écran c’est essayer de faire une forme qui montre quelque chose et qui fait simultanément glisser le regard vers chaque subjectivité. Ce n’est ni une forme abstraite ni une chose réelle représentée et encore moins du réel, c’est un espace qui s’ouvre.
J’essaie de placer ces écrans dans des interstices spatiaux, sociaux et conceptuels où ils seront vus dans leur position idéale d’écran, empêchant de voir et montrant des projections d’autres choses, d’autres vues.
Les sculptures-écrans sont toujours en position bancale, fragile, elles ne sont jamais à leurs aises. Elles ne sont pas une, mais multiple. Elles créent un corps à corps avec le regardeur et installent un rapport de contemplation entre ce qu’elle laissent voir et ce qu’elles retiennent.
L’écran est également un point fixe. Ce point fixe qui permet le mouvement, il le reçoit et le transmet sans jamais y participer. C’est le lieu où cela s’arrête, c’est le lieu d’où cela repart.
Temps libre
J’essaie de faire des objets qui résistent à une consommation directe, qui se prolonge dans le temps, j’essaie d’éviter le caractère fétiche de l’objet qui réduit tout objet à une vague image à laquelle on s’accroche en oubliant leur complexité qu’ils soient picturaux, musicaux, ou en sculpturaux.
Je cherche à réaliser des objets complexes où les formes ne sont jamais ce qu’elles semblent être, un brun n’est pas un brun, les rouges dévient et la symétrie est toujours tronquée. Les sculptures sont difformes mais pas d’une difformité maladive ou angoissante mais plutôt d’une difformité créatrice de détails et de singularité qui attaque la forme en tant que concept. Les objets se retrouvent en permanence entre une création industrielle et un mouvement naturel. De nombreux matériaux et formes différents sont associés pour évoquer en permanence des interprétations diverses et étendues. Je cherche à ce que les sculptures ne s’arrêtent pas d’ouvrir des significations appelant différents champs sémantiques de manière à devenir pure objet de contemplation et créateur de complexité.
Le temps libre c’est aussi ce que nous faisons quand nous ne travaillons pas, c’est un temps improductif, c’est une pause, c’est un temps pour soi. C’est le temps pour sa passion, son plaisir. Le temps libre que nous fournit le monde contemporain est de plus en plus saturé, l’ennui n’existe plus. Le temps improductif tend toujours vers du productif. Il y a une énorme spécialisation dans de nombreux domaines, certaines personnes deviennent des professionnels de l’action amateur. Qui détourne le plaisir pour le ramener au travail ?






